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Sommaire du n° 92

Paru le 28/04/2015

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Martin Barre : Stage Left (2003 - cd - parue dans le Koid9 n°47)

Le guitariste de Jethro Tull a trouvé le temps, entre les interminables séries de concerts données par le groupe de Ian Anderson (au détriment de leur activité discographique), de composer et d'enregistrer ces quatorze morceaux qui laissent parler les guitares. Et que de guitares ! Barre nous en décrit une par morceau, dont on voit la photo mais ça ne signifie pas qu'il ne joue que d'un seul instrument sur chaque pièce, loin de là ! "Stage left" n'est pas un album de guitariste pour guitaristes" comme certains pourraient le dire (une expression que j'aurai toujours du mal à comprendre) mais pour les amoureux de la guitare, c'est une ballade musicale dans un décor diablement bigarré. Pour les autres ce sera une collection de morceaux mélodiques, aux atmosphères variées, intégrant des influences allant du hard rock au folk, en passant par la musique de la Renaissance, le classique, le blues et le jazz. D'une manière générale, les arrangements sont très riches, Martin ayant souvent enregistré de multiples lignes de guitare, que ce soit les rythmiques, les harmonies, les solos. En vrac, on pense au travail fourni par des musiciens tels que Brian May (surtout sur les premiers albums de Queen), Steve Morse et Steve Howe. Pas vraiment pour le style car Martin Barre possède une forte personnalité en électrique comme en acoustique, mais il y a parfois des similitudes de sons ou d'approche de ce que l'on peut appeler l'orchestration. Le parallèle est surtout assez net avec Brian May dont le son doucement saturé en électrique a produit pendant des années ces orchestrations que l'on dirait parfois sorties d'un synthétiseur ou de violons et de violoncelles sur beaucoup de morceaux de son groupe. Ce genre de démarche se rencontrait déjà sur les instrumentaux (nombreux) des deux premiers albums de Barre et sur pas mal de morceaux de Jethro Tull mais jamais aussi nettement qu'ici.

Après la première écoute, on a un peu l'impression que le guitariste a voulu alterner un morceau électrique et un morceau acoustique au fur et à mesure de l'album mais bien souvent, il s'agit simplement d'une dominante… Il y a en fait beaucoup de morceaux qui mélangent les instruments acoustiques et électriques, plus un bouzouki ou une mandoline. Ah ! Oui, Barre joue aussi un peu de flûte sur deux morceaux. Côté arrangements, Martin est secondé par de vieux amis, comme toujours, autrement dit, on retrouve une partie de l'actuel Jethro Tull : Andy Giddings aux claviers, Jonathan Noyce à la basse et puis un certain Darren Mooney à la batterie, plus le chanteur à la voix claire mais pas transcendante Simon Burrett, pour le seul morceau chanté de l'album, un bon rock mélodique "don't say a word" (un titre marrant pour le seul morceau chanté de l'album !) qui conclut l'album de façon inattendue.

Si on veut comparer "Stage Left" avec ses deux prédécesseurs, "A trick of memory" et puis "The meeting", on peut dire que cet album-ci est plus cohérent, les influences moins disparates d'un morceau à l'autre sur l'ensemble. Les caractéristiques ouvertement jazz qui avaient pu surprendre ont presque disparu et il est assez difficile, vu la variété de styles abordés - parfois dans une seule pièce ! -, de citer une tendance musicale générale. C'est aussi ce qui fait le charme de cet album ! Un peu comme Steve Morse, Martin Barre sait composer des riffs et des mélodies très faciles à mémoriser, qu'on peut souvent fredonner (pour tout du moins essayer de le faire !) et développer en parallèle des petites mélodies secondaires, en cassant parfois le rythme ou l'atmosphère du morceau avec des solos parfois très différents du style général. Ces instrumentaux ne sont pas des chansons auxquelles il manque des paroles, ils tiennent très bien la route et les guitares remplacent la voix, tandis que les parties solistes ne manquent pas.

Même si les morceaux ne sont jamais très longs (un peu moins de 2 minutes à près de 5), ils sont parfois riches en rebondissements et Martin Barre prouve, s'il en était encore besoin quel instrumentiste doué il est, capable de solos électriques complexes au style incisif (surprenants sur "after you, after me" apparemment très linéaire au début) ou des dentelles acoustiques les plus délicates comme sur les mélancoliques "winter snowscapes" et "favourite things", deux de ses plus beaux morceaux. Disons que le côté folk, la musique de la Renaissance et le hard mélodique (peut-on encore parler de hard dans ce cas ?!) ont pris cette fois le dessus, avec toujours les racines blues sous-jacentes.

Il est très probable que l'amateur de Jethro Tull trouvera son compte dans cet album, lequel démontre l'importance du guitariste dans le groupe. Cet album plein de classe est probablement son meilleur à ce jour.

Marc Moingeon

Chronique mise en ligne le 22/06/2010 et consultée 278 fois

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